Le travail de Nathan Morsel nous introduit dans un système pastoral, aujourd’hui très minoritaire,
mais dont il pense qu’il a toutes les qualités pour être bien plus largement déployé. S’appuyant sur
l’exemple de deux zones de marge du Massif Central, l’auteur nous rappelle que le modèle dominant
d’élevage, centré sur l'accroissement de la productivité physique du travail et le recours croissant aux
intrants, a conduit à l’augmentation de la part des fourrages distribués et des aliments concentrés
dans l’alimentation des troupeaux et au recentrage du pâturage sur les prairies. Les parcours, qui
fournissaient auparavant la base de l’alimentation des troupeaux, ont été progressivement
abandonnés, ou ont pu faire l’objet de plantations de résineux. À rebours de ce mouvement
dominant, quelques éleveurs ayant un accès limité aux terres moto-mécanisables ont au contraire
cherché à replacer le pâturage des parcours au centre de l’alimentation de leurs troupeaux. Cette
modification systémique des logiques de production leur apporte une importante réduction des
besoins en fourrages et aliments concentrés, et limite des investissements en matériel agricole et les
achats d’intrants. Malgré une baisse des niveaux de production par animal et une moindre taille de
cheptel élevé par actif, ces systèmes qualifiés d’économes sont bien plus créateurs de richesses et
d’emplois agricoles que ceux restés dans le mouvement de développement agricole dominant, en
même temps qu’ils permettent l’utilisation de terres qui, sans cela, risqueraient fort de rester à
l’abandon. Si ces systèmes économes semblent pouvoir constituer une alternative au développement
agricole dominant dans ces régions, leur diffusion reste limitée par les débouchés pour une
production agricole hors des standards de l’aval et par le mode actuel d’attribution des subventions
de la Politique Agricole Commune, dont ils bénéficient moins et qui peuvent entraver leur
fonctionnement.