Inventé au Néolithique simultanément dans différents endroits du monde, l’élevage d’espèces
animales, en nombre limité, domestiquées puis améliorées, s’est répandu sur la surface du globe. Il
assure à la fois la fourniture d’aliments d’origine animale de haute qualité nutritionnelle tels que des
protéines bien équilibrées en acides aminés, minéraux et micronutriments (vitamines et
oligoéléments), des coproduits variés et des services écosystémiques et sociétaux. Il est cependant
critiqué pour son empreinte environnementale, l’utilisation importante de ressources, ses impacts
sur le climat, les conditions de vie des animaux et les impacts sur la santé de la consommation de
produits animaux. Au final la consommation même de produits issus d’animaux peut faire débat. Ces
critiques s’adressent principalement à ce qu’il est courant d’appeler l’élevage intensif ou encore
industriel, qui privilégie la performance productive d’un point de vue technico-économique, par
opposition aux petites exploitations familiales supposées, dans l’imagerie populaire, plus durables,
au point que plusieurs ONG et responsables politiques suggèrent ni plus ni moins que de supprimer
l’élevage intensif. Peut-on objectiver ce débat en analysant les critiques et en réalisant un diagnostic
du niveau de durabilité, espèce par espèce et proposer des pistes d’amélioration pour de nouveaux
systèmes répondant mieux aux attentes multiples et parfois contradictoires des filières et de la
société ? Ce travail privilégie une approche pragmatique dans le cadre de l’élevage intensif en France
en intégrant la diversité sociologique et agronomique de nos territoires. Il ne s’agit évidemment pas
d’ignorer les enjeux à long terme sur lesquelles les approches globales nous alertent et sur lesquelles
il faut progresser, mais d’intégrer aussi dans le raisonnement, les contraintes économiques et
réglementaires liés à des marchés ouverts et les besoins de la société et des consommateurs vus à
travers leur acte de consommation. Par « durabilité de l'élevage intensif », nous entendons le
maintien d’un niveau de production de denrées alimentaires cohérent avec la « demande » des
consommateurs tout en réduisant l'impact environnemental net associé à cette production,
l'amélioration de la qualité de vie des animaux et des personnes qui travaillent avec eux et en
augmentant la capacité du secteur à produire des services écosystémiques et résister aux chocs
climatiques et économiques.